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mardi 31 mai 2011

Un dimanche en hiver

Un dimanche de janvier. Le jardin du Luxembourg, près du plan d’eau central, gelé. Le soleil reflète sa tiédeur dans les flaques de neige fondue en forme de pas. La foule apaisée défile en masse familiale au rythme des discussions, au gré des errements enfantins, au plaisir des sièges vacants.

Le soleil joue à cache-cache avec les nuages. Son disque cède parfois la place à un halo lumineux débordant une masse nuageuse. Partout ses rayons diffusent. Tel des panneaux solaires organiques, les gens assis ont tourné leurs fauteuils métalliques vers lui. 


Paris révèle trop rarement ces facettes paisibles. Boulevards, métros, Châtelet-les-Halles, Hausmann sont la litanie quotidienne du mouvement perpétuel, électrique, chaotique d’une foule trop absorbée par son destin de besogne. Un seul jour pour s’en extraire, c’est trop peu. Un seul jour pour rencontrer l’autre, pour observer la vie. Pour s’y baigner.

Sur le plan d’eau, un bateau sillonne entre des icebergs miniatures. Consentantes, des mouettes rejouent ce paysage lointain. Et le soleil brille dans les flaques en forme de pas.

vendredi 20 mai 2011

Jaune et gris

Le boulot, c’est jaune et gris. Jaune comme les ampoules des luminaires, les classeurs alignés, le mobilier toc de bureaux plein de trucs. Gris, les revêtements des sols, des murs, des plafonds, le soir, en reflet des cieux tristes de Paris. Parfois le gris est bleuté, parfois le jaune est maronnasse, jamais ces couleurs ne se marient. C’est comme ça quand on standardise à l’infini, quand l’ergonomie règne. Un espace chaleureux est un espace bancal.

Et nous rentrons le soir, l’âme jaune et grise, l’âme ergonomisée.

Comment lutter ? Je voudrais que mes journées soient faites de quêtes spatiales, intellectuelles, sociales, créatives et qu’à la fin, mon âme en sorte colorées de bric et de brocs, assemblés selon les règles instables du mouvement bancal.

Mais mon horizon temporel respire désormais. Loin des jaunes gris, loin des gris jaunes, je rêve du soleil de l’été sur mon visage, au vent des routes cyclables, le long de voies liquides. Vers des jardins Hespérides où des fruits abondant brillent rouges et oranges.

samedi 14 mai 2011

Reverie d'hiver urbain

J’irais bien dans les rues de Harlem, dans ses faubourgs de briques aux larges rues, déambuler sur des trottoirs de boites à journaux colorées, où l’odeur des restos fume sous les portes vitrées. Devanture en patchwork, néons et calligraphie tape à l’œil, cuisine à la louche, cuistot du dimanche, parce qu’il faut bien manger.

Un ciel affaissé pèse sur la ville engourdie.

Que reste-il de ces journées froides de janvier 2007, où moins dix degrés jetait son voile glacé sur les choses et les gens, sur un décor en lent mouvement ? Sans doute les mêmes silhouettes emmitouflées, le nez sur le goudron, le regard humide et des bruits urbains partout à côté. Les squelettes de la nature sourient en cape, prisonniers compatissants des affres urbaines des citadins de Harlem.

Et moi, en ce mardi 18 janvier 2011, je rêve d’eux, je rêve d’un gris exotique où Hausmann aurait découvert la brique, où le nombre 93 n’affublerait pas des Twingo, où les carrefours n’auraient pas la forme de O. Je voudrais des regards agars qu’ils me dévisagent en anglais et qu’au lieu de sacré cœur, au loin, s’élèvent des pointes mythiques coiffées de singes fantasmatiques.

Stuck Inside of Mobile with the Memphis Blues Again

Le 11 janvier 2008, un peu plus d’un mois après mon arrivée au Cg, une chanson résonne dans ma tête. J’en écris à plusieurs reprises le titre sur mon cahier :

Stuck inside of Mobile with the Memphis blues again
Stuck inside of Mobile with the Memphis blues again
Stuck inside of Mobile with the Memphis blues again

Les mots s’enchâssent et se battent pour échapper à leur place. Les consonnes résonnent, les voyelles coulent. Les syllabes remuent, se secouent et donnent vie à la frustration lancinante de leur auteur.

Pourquoi vais-je en garder la rythmique un mois durant ? Quel est mon Mobile et de quel Memphis me langui-je ?

Le 30 janvier, le même enchainement conclue la page de droite, dans un style contenu et appuyé. Le 16 février, il encadre la page de gauche de part et d’autre du texte. Le 19, il s’insinue en haut à droite, en minuscules épaisses. Et le 20, les mots éclatent sur une page entière, se mêlent, absorbent leur propres lettres, confondent les styles, crient posément leur mélodie. Le 6 mars, ils réapparaissent une dernière fois, essorés, coincés au milieu de la page.

Que s’est-il passé depuis ? Je ne me souviens plus très bien. C’était il y a 3 ans. Juin 2011 arrive et je sais que je ne serais plus coincé à Mobile à encore regretter Memphis.

jeudi 21 avril 2011

Nystagmus

Il arrive à certaines pupilles de bouger toutes seules quand celui ou celle à qui elles appartiennent est fatigué, nerveux, ou qu'il fait trop sombre. Alors le regard se trouble. Cela s'appelle un nystagmus.

Il arrive parfois que l'on choisisse ce nom pour un blog et qu'il soit déjà pris. Ça tombe bien, moi j'ai toujours cru que cela s'appelait un istagmus. Comme c'est un mot qui n'existe pas, il n'est pris par personne.

Regardons donc ensemble les choses un peu de coté, clavier, crayons ou appareils photos à la main. Ca les rend plus précises, les choses, et différentes aussi. Et surtout ça repose les pupilles.